
Glossaire simplifié ; pour aller plus loin, rendez vous sur le site Inventaire National des Orgues: https://inventaire-des-orgues.fr/

Extrait de l’ouvrage d'Isabelle Sebah « l’Orgue et l’Organiste, une complicité tumultueuse »
Source : http://www.orgue-isabellesebah.com/quest-ce-quun-orgue/

Les nouvelles ne se présentent pas dans des enveloppes aux timbres soigneusement oblitérés! Non, elles fusent et nous étonnent! Le facteur c’est Pierre Vialle! Depuis une vingtaine d’années il veille sur l’orgue de la cathédrale Saint Gervais et Saint Protais de Lectoure.
« Facteur d’orgues » ? C’est celui qui fabrique ou entretient ces instruments magnifiques ;
Pierre sait tout de notre orgue et nous raconte...
L’orgue de la cathédrale a été construit de 1838 à 1843 par Auguste Phébade, célèbre artisan Agenais. Il a été imaginé comme un instrument classique à l’esthétique d’avant la Révolution.
Souvent, en province on restait très traditionnel, se satisfaisant de choses qui étaient au point, et on s’arrangeait de mode qui avaient 100 ou 200 ans de retard, parce que ça fonctionnait bien comme ça... Or si l’on en croit Jean-Christophe Revel qui a fait un travail d’historien sur le sujet, les organistes de Lectoure étaient très au fait des nouveautés et de l’actualité musicale; une partition qui sortait à Paris était 15 jours plus tard entre leurs mains. Très vite ils ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas interpréter les œuvres contemporaines dans leur église.
Ils ont alors fait appel à Jules-Barthélémy Magen (1812-1882), lui aussi facteur d’orgues à Agen, qui avait certes beaucoup de respect pour l’orgue classique comme il l’a montré en restaurant celui de Lombez conservant autant que possible les parties classique. Mais il avait fait ses classes dans les ateliers d’Aristide Cavaillé Coll à Paris. Sa culture, c’était l’orgue romantique et il en avait déjà installé un à la cathédrale d’Agen et à l’église Saint Laurent de Fleurance.

Le respect de Magen pour le travail de Phébade son contemporain, qu’il connaissait certainement, est évident. Il a conservé l’essentiel de l’orgue classique proposant aux organistes les quelques éléments qui leur manquaient pour interpréter la musique contemporaine. Pour ce faire, il a été obligé de faire une soufflerie importante et certaines choses ont été abandonnées. Ainsi, le positif de dos qui répond au grand orgue, était jugé sans importance; l’essentiel était de trouver la palette sonore d’un orchestre romantique.
L’instrument a été livré en 1858 pour accueillir les reliques de Saint Clair, revenant à Lectoure où il avait été martyrisé avec ses compagnons vers l’an 400.
Longtemps, l’orgue a été juste « entretenu » ; la poussière, les gravats lors de travaux sur le monument, sont tombés dedans....
Un siècle plus tard... on se réinteresse à l’orgue
En 1962 Paul Marie Koenig l’a trouvé dans un triste état et a voulu le moderniser, en redonnant vie au positif de dos ; le troisième clavier manquait ! Le sommier ancien était encore en place, il a été déposé et remplacé par un sommier en contreplaqué avec des tuyaux récupérés un peu de droite et de gauche. Ce troisième clavier a été relié au positif par transmission électrique.
En 1987, Alain Leclère puis Hervé Clénet et moi, dit Pierre Vialle, nous sommes retrouvés devant un instrument pas mal en ruine et pas mal modifié...
Nous avons pu récupérer le sommier d’origine et l’avons remis en place, tel qu’il était à l’époque. Après il a fallu faire des copies de tuyaux du grand orgue, Magen ayant réemployé au grand orgue des tuyaux provenant du positif. On a pu reconstituer une grande partie, parce qu’il y avait des tuyaux qui existaient encore sur le sommier en contreplaqué et sur
des petits sommiers qui complétaient la pédale. De mémoire, la pédale de Phébade comportait 18 notes, celle de Magen 20. Or dans le cahier des charges on nous avait dit qu’il fallait arriver à 30 notes, que sinon, ça n’était pas recevable ! Ce qui fait que, à la pédale, ce sont des choses complétement incongrues ! On a quand même 6 sommiers de pédales ! 6 sommiers ! Je pense que même sur les grands instruments, on n’a pas ça !
Ah ! Mais tout ce qu’on n’a pas pu faire ! Là où on n’a pas pu accéder ! Mais ce n’est pas le moment d’aller plus loin car la voûte continue à se dégrader, il faut attendre, attendre que des travaux sérieux de restauration soient entrepris. Alors, il y aura besoin certainement de ce qu’on appelle un relevage, c’est la chose habituelle et là, on démonte et on se dit, « on n’avait pas vu ça », une attaque de ver, quelque chose à consolider, des choses comme ça je pense. Le travail le plus délicat sera sur le sommier du récit, parce qu’il est mal exposé et de très longue date: c’est lui qui prend le plus les chaleurs du soir! Il est un peu éclaté, il y a ce qu’on appelle des emprunts : les gravures ne sont pas parfaitement étanches, ça envoie un peu de vent à côté alors pour que ça ne s’entende pas j’ai installé dessous ce qu’on appelle des crapauds; ce sont des soupapes qui sont assez sensibles qui pendouillent et quand il y a du souffle, la soupape referme le trou. En gros, les gravures fuient...et donc s’il y a juste une petite fuite qui vient d’à côté, ça s’échappe par là et on n’entend pas les tuyaux d’à côté qui parlent...
Paroles de Facteur...
Les noms propres des facteurs sont en gras, les termes indiquant les différentes parties de l’orgue sont en ;italique ; on peut se référer au glossaire pour voir leur signification et leur emplacement sur l’instrument.

Photos Association Orgues et Patrimoine