Tout savoir sur l'orgue... ou presque!

Glossaire:

  • ACCOUPLEMENT : Mécanisme permettant de réunir certains claviers entre eux.
  • ANCHE ou JEU D 'ANCHE : Famille de jeux d'orgue où le son est produit par la vibration d'une languette (l'anche). (Trompette, Clairon, Cromorne...)
  • BOÎTE EXPRESSIVE : Caisson clos dans lequel est enfermé l'ensemble de la tuyauterie d'un clavier, principalement le récit d'où l'expression "récit expressif". La façade de la boite expressive est garnie de jalousies qui peuvent s'ouvrir ou se fermer par le moyen d'une "pédale expressive" située au dessus du pédalier et de faire varier la puissance du son.
  • BUFFET : Corps de menuiserie qui contient tous les mécanismes et tuyaux de l'instrument.
  • CLAVIER : Ensemble des touches actionnées par les mains (clavier manuel) ou par les pieds (pédalier). L'orgue de la cathédrale de Lectoure compte trois claviers manuels et un pédalier, chacun correspondant à une palette sonore. Chaque clavier peut jouer de façon indépendante. Mais il est également possible de faire sonner l'ensemble des claviers grâce aux dispositifs d'accouplements ou de tirasses.
  • CONSOLE ; C'est le poste de commandement de l'orgue. Elle regroupe les claviers, le pédalier, les tirants de registre, les tirasses, les accouplements et autres mécanismes. Placée dans une fenêtre comme c'est le cas sur les deux orgues de Lectoure, la console peut également être séparée, tournée vers la nef ou former un meuble indépendant.
  • FONDS : Ensemble des jeux à bouche qui donnent la base sonore de l'orgue. On y distingue quatre familles : les principaux, les bourdons, les flûtes et les gambes.
  • FOND D'ORGUE : Réunion de tous les jeux de fond de l'orgue. Titre donné à des pièces musicales qui utilisent cette registration.
  • GRAND CHOEUR ou GRAND JEU : Registration qui fait appel aux jeux les plus brillants et éclatants (trompettes, bombardes, clairon...)
  • GRAND ORGUE : désignation du plan sonore principal de l'orgue. Il correspond à un clavier qui porte le même nom (2° clavier en partant du bas sur l'orgue de la cathédrale). Mécanisme et tuyaux se situent dans le grand buffet.
  • JEU : Rangée de tuyaux de construction et de timbre identiques placés sur un même registre. Pour un même registre il y a donc 1 tuyau pour chaque touche du clavier (pour simplifier, car c'est plus compliqué parfois...) - Par extension, nom du tirant ou registre placé sur la console.
  • PIEDS : Unité de mesure ancienne (environ 33 cm), utilisé pour désigner la hauteur du plus haut tuyau d'un jeu, soit la note la plus grave du jeu. A la cathédrale, les plus hauts tuyaux mesurent donc 5,28 m environ.(jeux de 16 pieds) Les noms des jeux sont suivis d'un chiffre indiquant la hauteur du plus haut tuyau.Ainsi pour une trompette de 8' le tuyau le plus grave mesurera environ 2,64 m.
  • POSITIF : Désigne le buffet d'orgue plus petit généralement disposé à l'avant et qui renferme mécanisme et tuyaux correspondant au même plan sonore et commandé généralement et c'est le cas à la cathédrale par le premier clavier. Nom donné aussi à un petit orgue transportable.
  • RECIT : Désignation d'un plan sonore qui correspond généralement au 3° clavier. Les jeux qui le composent sont destinés à chanter en soliste.
  • REGISTRES : Ce sont les règles de bois mobiles, percées de trous, qui se situent dans la partie supérieure du sommier. Leur fonction est d'ouvrir ou de fermer le passage du vent dans la gravure au pied du tuyau. Les registres sont commandés de la console par des tirants (ou boutons) de registre.
  • SOMMIER :Caisse de plan rectangulaire en une ou plusieurs parties, contenant les mécanismes essentiels et supportant la tuyauterie. Il est composé de la LAYE où s'emmagasine l'air et où manœuvrent plusieurs soupapes. Quand elles s'abaissent, elles laissent passer l'air pour qu'il parvienne jusqu'au tuyau correspondant.
  • SOUPAPE : Pièce de bois recouverte de cuir qui en assure l'étanchéité; mobile, elle permet, en s'ouvrant, le passage de l'air qui fait « chanter » le tuyau.
  • TIRANT ou REGISTRE : Pièce en bois (ou dominos basculants si l'orgue est à traction électrique) permettant de manœuvrer les registres placés sur les sommiers et correspondant à une rangée de tuyaux. Le tirant porte le nom du jeu auquel est ajoutée la longueur en pieds du tuyau le plus grave de la rangée.
  • TIRASSE : Mécanisme manœuvré d'ordinaire par une pédale et permettant d'accoupler le pédalier à un clavier dont elle prend alors le nom. Exemples : tirasse de Grand Orgue, tirasse de Positif. A noter que l'ensemble des claviers peuvent être ainsi accouplés au pédalier.

Glossaire simplifié ; pour aller plus loin, rendez vous sur le site Inventaire National des Orgues: https://inventaire-des-orgues.fr/

Le facteur passe!

Entretien avec Pierre Vialle, en charge de l'orgue de la cathédrale.

Les nouvelles ne se présentent pas dans des enveloppes aux timbres soigneusement oblitérés! Non, elles fusent et nous étonnent! Le facteur c’est Pierre Vialle! Depuis une vingtaine d’années il veille sur l’orgue de la cathédrale Saint Gervais et Saint Protais de Lectoure.

« Facteur d’orgues » ? C’est celui qui fabrique ou entretient ces instruments magnifiques ;

Pierre sait tout de notre orgue et nous raconte...

L’orgue de la cathédrale a été construit de 1838 à 1843 par Auguste Phébade, célèbre artisan Agenais. Il a été imaginé comme un instrument classique à l’esthétique d’avant la Révolution.

Souvent, en province on restait très traditionnel, se satisfaisant de choses qui étaient au point, et on s’arrangeait de mode qui avaient 100 ou 200 ans de retard, parce que ça fonctionnait bien comme ça... Or si l’on en croit Jean-Christophe Revel qui a fait un travail d’historien sur le sujet, les organistes de Lectoure étaient très au fait des nouveautés et de l’actualité musicale; une partition qui sortait à Paris était 15 jours plus tard entre leurs mains. Très vite ils ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas interpréter les œuvres contemporaines dans leur église.

Ils ont alors fait appel à Jules-Barthélémy Magen (1812-1882), lui aussi facteur d’orgues à Agen, qui avait certes beaucoup de respect pour l’orgue classique comme il l’a montré en restaurant celui de Lombez conservant autant que possible les parties classique. Mais il avait fait ses classes dans les ateliers d’Aristide Cavaillé Coll à Paris. Sa culture, c’était l’orgue romantique et il en avait déjà installé un à la cathédrale d’Agen et à l’église Saint Laurent de Fleurance.

Pierre Vialle au travail à l'intérieur du grand orgue

Le respect de Magen pour le travail de Phébade son contemporain, qu’il connaissait certainement, est évident. Il a conservé l’essentiel de l’orgue classique proposant aux organistes les quelques éléments qui leur manquaient pour interpréter la musique contemporaine. Pour ce faire, il a été obligé de faire une soufflerie importante et certaines choses ont été abandonnées. Ainsi, le positif de dos qui répond au grand orgue, était jugé sans importance; l’essentiel était de trouver la palette sonore d’un orchestre romantique.

L’instrument a été livré en 1858 pour accueillir les reliques de Saint Clair, revenant à Lectoure où il avait été martyrisé avec ses compagnons vers l’an 400.

Longtemps, l’orgue a été juste « entretenu » ; la poussière, les gravats lors de travaux sur le monument, sont tombés dedans....

Un siècle plus tard... on se réinteresse à l’orgue

En 1962 Paul Marie Koenig l’a trouvé dans un triste état et a voulu le moderniser, en redonnant vie au positif de dos ; le troisième clavier manquait ! Le sommier ancien était encore en place, il a été déposé et remplacé par un sommier en contreplaqué avec des tuyaux récupérés un peu de droite et de gauche. Ce troisième clavier a été relié au positif par transmission électrique.

En 1987, Alain Leclère puis Hervé Clénet et moi, dit Pierre Vialle, nous sommes retrouvés devant un instrument pas mal en ruine et pas mal modifié...

Nous avons pu récupérer le sommier d’origine et l’avons remis en place, tel qu’il était à l’époque. Après il a fallu faire des copies de tuyaux du grand orgue, Magen ayant réemployé au grand orgue des tuyaux provenant du positif. On a pu reconstituer une grande partie, parce qu’il y avait des tuyaux qui existaient encore sur le sommier en contreplaqué et sur

des petits sommiers qui complétaient la pédale. De mémoire, la pédale de Phébade comportait 18 notes, celle de Magen 20. Or dans le cahier des charges on nous avait dit qu’il fallait arriver à 30 notes, que sinon, ça n’était pas recevable ! Ce qui fait que, à la pédale, ce sont des choses complétement incongrues ! On a quand même 6 sommiers de pédales ! 6 sommiers ! Je pense que même sur les grands instruments, on n’a pas ça !

En conclusion, dans quel état est l’orgue de la Cathédrale ? Que reste-t-il à faire ?

Ah ! Mais tout ce qu’on n’a pas pu faire ! Là où on n’a pas pu accéder ! Mais ce n’est pas le moment d’aller plus loin car la voûte continue à se dégrader, il faut attendre, attendre que des travaux sérieux de restauration soient entrepris. Alors, il y aura besoin certainement de ce qu’on appelle un relevage, c’est la chose habituelle et là, on démonte et on se dit, « on n’avait pas vu ça », une attaque de ver, quelque chose à consolider, des choses comme ça je pense. Le travail le plus délicat sera sur le sommier du récit, parce qu’il est mal exposé et de très longue date: c’est lui qui prend le plus les chaleurs du soir! Il est un peu éclaté, il y a ce qu’on appelle des emprunts : les gravures ne sont pas parfaitement étanches, ça envoie un peu de vent à côté alors pour que ça ne s’entende pas j’ai installé dessous ce qu’on appelle des crapauds; ce sont des soupapes qui sont assez sensibles qui pendouillent et quand il y a du souffle, la soupape referme le trou. En gros, les gravures fuient...et donc s’il y a juste une petite fuite qui vient d’à côté, ça s’échappe par là et on n’entend pas les tuyaux d’à côté qui parlent...

Paroles de Facteur...

Les noms propres des facteurs sont en gras, les termes indiquant les différentes parties de l’orgue sont en ;italique ; on peut se référer au glossaire pour voir leur signification et leur emplacement sur l’instrument.

A l'intérieur du grand orgue situé au premier étage de l'instrument. Au centre de l'image, au fond on aperçoit les tuyaux de façade (jeu de montre)

Photos Association Orgues et Patrimoine

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